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Origine : http://lagryffe.net/spip.php?article31
Le livre est organisé comme un lexique aux multiples entrées
classées par ordre alphabétique.
Entrée… anti-quelque chose : Tous les anti sont mis
dans le même sac car accorder une place autonome à
chacun d’eux risquerait de faire croire que l’anarchisme
n’est que négatif… Anti-capitalisme, -colonialisme,
-impérialisme, -nucléaire, tout en vrac sans autre
précision. Une exception cependant, l’antispécisme
a droit à une entrée spécifique dans le lexique
!
Pas d’entrée Capitalisme. Une rubrique Capital qui
se contente de renvoyer à Dieu ( !), Etat, Libertarien, Classe,
Utilitarisme… On fonce alors à Classe, et là
il est précisé d’emblée qu’il s’agit
non seulement de classes sociales, mais aussi de sexe, d’âge,
de couleur de peau ou autre… Là encore tout en vrac.
Lutte de classe, peut-être ? Pas de définition, juste
un renvoi à Maître/esclave, dialectique… et classe
(sociale, d’âge, de sexe, de couleur de peau et autres,
voir plus haut). Dialectique ? Un long (relativement) développement
à la gloire de Deleuze, approprié comme penseur anarchiste
(cette manie qu’ont les anars de vouloir se réapproprier
des penseurs qui ne leur ont rien demandé - à condition
qu’ils ne viennent pas les emergency dans le militantisme
et restent dans leur rôle d’intellectuel !).
Le Communisme ? Il n’existe pas plus que le Socialisme. L’Anarchisme
communiste, pas plus que le Communisme libertaire, n’a droit
à une existence autonome dans le dictionnaire. En revanche,
vous tomberez facilement sur l’Anarchisme chrétien,
qui se définit comme une relation sans médiation avec
Dieu (les Églises et les prêtres), et rejoint une sorte
d’anarchisme, comme mystique.
Bref, pas besoin de faire un dessin plus précis pour comprendre
quelle tendance de l’anarchisme pointe ici. Si la culture,
c’est ce qui reste quand tout à disparu, nous sommes
bien là en présence de la volonté, souvent
exprimée du côté des gônes, de faire émerger
une culture libertaire quasi universelle et ontologique, et débarrassée
des scories dépassées que seraient les archaïsmes
nommés luttes sociales, luttes des classes, révolution,
classe ouvrière, et j’en passe. Libre à eux,
libre à nous de ne pas être de cette famille-là.
Pointe aussi chez Colson une volonté anti-organisationnelle
primaire, et même viscérale. Le Milieu libertaire est
défini comme étant le refuge des libertaires qui refusent
le PIEGE des organisations. Ces mêmes organisations, les vampires
! ne considéreraient le »milieu » que comme un
élément nutritif pour leur sale besogne. Allusion
à ce que Jean-Marc Raynaud énonçait violemment
dans de longs articles du Monde Libertaire, il n’y a pas dix
ans, selon lesquels hors de la FA il n’y aurait point de salut
et dans lesquels il invitait la « mouvance » à
se sauver en rejoignant l’organisation mère, sous peine
de rester dans la fange de l’inexistence ? Certainement pas…
l’un comme l’autre pensent qu’on peut rassembler
tous les libertaires dans un même pot pour le plus grand bien
de la culture commune. À noter également que l’un
comme l’autre sont organisés dans la C.N.T ! Alors
quoi ? Soit la CNT n’est pas une organisation et est un milieu
« refuge », soit il y a là une sacrée
contradiction non dépassable dans la dialectique, puisque
de dialectique il n’y a point… dans le dictionnaire
.
JPD
Repris de Courant Alternatif n°125, janvier 2002.
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